L’impression 3D est une opportunité pour les sites de production nationaux

Interview avec la société 3D-Model AG

3D Interview Gross

Photo: 3D-Model AG

3D-Model AG est partenaire de vente de 3D Systems, l’entreprise créée par Chuck Hall, pionnier de l’impression 3D. Fondée en 2012, 3D-Model propose à ses clients l’éventail complet des services d’impression 3D, allant de la saisie de données par scanner 3D à l’impression à proprement parler, sans oublier les travaux de finition. La gérante de 3D-Model, Christiane Fimpel, nous a accordé un entretien sur l’avenir de l’impression 3D.

Mme Fimpel, les détracteurs de l’impression 3D disent qu’il s’agit d’un procédé qui n’est pas encore au point et parlent d’une tendance éphémère. Que répondez-vous à cette critique?

En 1977, Ken Olsen, co-fondateur et CEO de Digital Equipment Corp., avait déclaré: «There is no reason for an individual to have a computer in his home.» («Il n’y a aucune raison à ce que des particuliers veuillent avoir un ordinateur à la maison»). Trois ans plus tard, le modèle Apple Macintosh II était lancé sur le marché. Le véritable potentiel de la fabrication additive n’a pas encore été pleinement exploité. Dans le sillage d’Industrie 4.0, l’impression 3D est une des technologies parmi d’autres qui va connaître un essor exponentiel. Mais il s’agit d’une technologie clé qui aura un effet catalyseur sur les processus industriels, qu’elle assouplira et révolutionnera. La maturité technologique des procédés de frittage sélectif par laser ou de Direct Metal Printing permet la fabrication directe de pièces. L’impression 3D permet désormais de fabriquer sur place, sans outil, des pièces extrêmement complexes que seules des entreprises spécialisées étaient jusqu’alors en mesure de produire.

Selon vous, comment la technologie 3D va-t-elle évoluer dans les 10 années à venir?

Le rapport Wohlers souligne que la fabrication additive de pièces prêtes à utiliser sera le premier protagoniste de la fabrication industrielle en série de demain. En réponse à cette prévision, les constructeurs ont d’ores et déjà produit des imprimantes de production directe en métal, comme par exemple la ProX 300. Le matériau d’impression est une poudre métallique, dont le grain peut varier de 50 à 3 μm, et qui génère d’excellentes propriétés mécaniques en termes de densité, de qualité des surfaces et d’épaisseur de parois extrêmement fine. Dans les années à venir, les processus d’impression 3D vont se perfectionner sur les plans de la rapidité, de la diversité des matériaux, des certifications et du volume des pièces construites. L’ensemble du processus sera simplifié et allégé.

Selon vous, quelle sera l’importance de la technologie 3D dans les 10 années à venir?

Selon les prévisions des analystes, le marché du 3D connaîtra d’ici 2020 un taux de croissance annuelle supérieur à 20%, ce qui portera son chiffre d’affaires à 8,43 milliards de dollars. La part de la production de pièces produites par des techniques 3D utilisées dans des produits finaux a passé dès 2013 la barre des 1 milliard de dollars. Ceci illustre l’importance croissante de l’impression 3D, qui dépasse le cadre initial des applications-prototypes. On a déjà recours à cette technologie dans le cas de séries limitées ou de produits répondant à des demandes spécifiques de clients. L’impression 3D est une possibilité de plus en plus intéressante d’augmenter sa compétitivité – tout particulièrement dans l’îlot de cherté qu’est la Suisse. Ceci inversera une tendance actuelle: les sites de productions nationaux seront renforcés.

Selon vous, sur quels secteurs industriels l’impression 3D aura d’abord un impact?

Au niveau de la production, les procédés de frittage sélectif par laser et de Direct Metal Printing présentent l’atout majeur de pouvoir imprimer sans nécessiter d’outils. La production en petites séries, la personnalisation des produits, notamment en médecine, ou encore l’intégration de certaines fonctionnalités, par exemple dans le cas des charnières et des joints, sont de bons exemples d’applications. La technologie de fabrication additive permet d’obtenir des pièces très légères, ce qui est particulièrement intéressant dans le domaine des transports. Dans ce domaine, une réduction du poids, obtenue grâce au recours à des structures réticulées, et une augmentation de la performance sont des critères recherchés. Parmi les secteurs d’application classiques de l’impression 3D, citons les industries automobile, aéronautique et de l’espace, la construction d’outils et de moules ainsi que l’industrie de l’armement. Le recours à la fabrication additive présente toujours un avantage lorsque l’on souhaite produire des séries limitées, des pièces complexes et des produits personnalisés ou particulièrement légers.

L’impression 3D aura-t-elle un impact sur l’artisanat, dans un proche avenir? Le cas échéant, cet impact sera-t-il limité à la grande industrie ou les petites entreprises en seront-elles également affectées?

L’impression 3D peut entraîner des changements dans l’artisanat: un élargissement des modèles commerciaux existants, ou la création de nouveaux modèles. Il faut également s’attendre à une évolution des métiers. Ceci se reflète dans différents domaines, notamment celui des prothèses dentaires, de la construction mécanique, des appareils auditifs et de la mécanique de précision. Ces changements affecteront toutes les entreprises d’installation, qu’elles soient grandes ou petites. La production industrielle de pièces extrêmement complexes est pour les petites entreprises une opportunité à saisir. L’impression 3D stimule la concurrence. Exemple: la start-up Made in Space a vendu une imprimante 3D à la NASA, qui est actuellement installée dans la station spatiale internationale. Par le passé, un pareil contrat n’aurait pu être signé qu’avec un autre géant, Boeing par exemple.
Les entreprises qui commandent la plus grande part des pièces dont elles ont besoin ont dès aujourd’hui la possibilité de les produire eux-mêmes sur place en recourant aux procédés additifs. Ces facteurs ont une influence sur les chaînes de livraison et la gestion des stocks.

Quels conseils donnez-vous aux entreprises pour se préparer à cette technologie d’avenir prometteuse?

Nous recommandons aux entreprises de réfléchir dès aujourd’hui à cette technologie afin d’évaluer si elle constitue une option envisageable pour la production de leurs pièces. Ceci appelle tout d’abord un changement de perspective et davantage d’ouverture au sein de l’organisation. Pour produire des pièces en matière plastique ou en métal, le tout n’est pas de faire l’acquisition d’une imprimante 3D pour procéder à la fabrication directe. Il est crucial d’avoir une bonne compréhension des instructions de la construction additive. Les quatre points essentiels à mentionner sont la génération des données de construction, le traitement de ces données, la fabrication par l’imprimante de production et enfin les finitions.